Le train du désert en Mauritanie

Le jour de Noël 2017, un charter se posait sur le tarmac de l'aéroport d'Atar, en Mauritanie, mettant fin à dix années d'interruption du trafic. Cet arrêt, provoqué par un épisode de sinistre mémoire, avait eu pour double effet collatéral de priver les Mauritaniens d'une manne touristique bienvenue et de frustrer des milliers de randonneurs occidentaux. Depuis deux ans, la Mauritanie est redevenue une destination prisée par les amateurs de grands espaces, de méharées, de couchers de soleil sur les dunes, de siestes sous les acacias, de thés autour de feux de camp, et de ciels étoilés comme seuls le désert en génère... En effet, depuis les  800 kilomètres de côtes s'étendant du Parc National du Banc d'Arguin au Sénégal dont le fleuve homonyme délimite la frontière, c'est le Sahara qui marque son emprise de manière aussi envahissante qu'inquiétante comme c'est le cas à Chinguetti. 

Quand le désert avance...

Lovée au cœur des dunes de l'erg Ouarane, Chinguetti continue de payer un lourd tribut au vent porteur de sable qui l'étouffe inexorablement. Très prospère à l'époque du commerce transsaharien, la ville comptait au temps de son apogée (XVIIIe siècle) une douzaine de mosquées. Rien d'étonnant quand on sait qu'elle était alors un lieu de rassemblement si important pour les caravanes de pèlerins se rendant à la Mecque, que lorsqu'on leur demandait leur provenance, ils disaient « de Chinguetti ». L'habitude a été prise d'appeler ainsi cette contrée d'Afrique de l'Ouest, au point qu'avant d'être rebaptisé Mauritanie (à l'époque de la colonisation française), le pays s'appelait le pays de Chinguett. Aujourd'hui, sa mosquée de pierres sèches, au minaret carré, est un des rares constructions de la vieille ville à être efficacement protégée des assauts implacables du sable qui envahit des quartiers entiers de la ville, obligeant les populations à fuir pour reconstruire leurs maisons ailleurs. Les vrais trésors de la « Sorbonne du désert » se trouvent bien cachés derrière les lourdes portes de bois d'une dizaine de bibliothèques privées. On estime à trois mille, le nombre d'ouvrages – essentiellement religieux et dont certains ont plus de mille ans - qui y sont conservés.  

Attention au départ !

Une demi-journée de piste est nécessaire pour laisser derrière nous les alignements dunaires aux couleurs mouvantes et mettre le cap au Nord-Est en traversant l'immense plateau de l'Adrar, ses canyons et ses massifs montagneux aux formes tabulaires. A quelques kilomètres de la frontière avec le Sahara occidental, la ville de Zouérate a été construite pour les ouvriers d'une mine à ciel ouvert, où l'on extrait depuis 1965 un minerai dont l'exceptionnelle teneur en fer continue de booster l'économie du pays. Pour l'acheminer vers un port de l'Atlantique, 600 kilomètres de voie ferrée ont été construits. Le touriste désireux de sortir des sentiers battus peut visiter cette mine dans le cadre d'une croisière ferroviaire d'une genre tout à fait unique : « Le Train du Désert ». Une voiture motrice et deux wagons de voyageurs (dont un réservé aux couchettes) parcourt une portion de ce tracé avec un équipage dédié. Ensuite, deux nuits dans le très confortable campement de Ben Amira (troisième plus gros monolithe du monde) permettent de faire l'expérience de balades dans le désert, de dîners autour du feu de bois et de l'observation des étoiles. 

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